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Dossier du mois - février 2012

Enseignement par Élise Bonnette

Benoît XVI en Allemagne, sous le signe de l’unité

En septembre 2011, Benoît XVI se rendait dans son pays natal pour la troisième fois depuis son accession à la chaire de Pierre. Le jour même de son arrivée, après son discours au Bundestag (Parlement), il rencontrait des représentants de la communauté juive. Il a rappelé certains événements qu’il a connus dans sa jeunesse, en particulier la tristement célèbre « Nuit de cristal », pour rappeler qu’avec « le refus du respect pour ce Dieu unique se perd toujours aussi le respect pour la dignité de l’homme », mais il s’est aussi réjoui d’une « nouvelle floraison de la vie juive en Allemagne ». S’adressant, le lendemain, à des représentants des communautés musulmanes, il a souhaité une « collaboration féconde » entre chrétiens et musulmans sur des thèmes tels que la famille, la défense de la vie ou la promotion d’une plus grande justice sociale. Puis il s’est envolé vers Erfurt, capitale de la Thuringe. Cette ville médiévale est associée à Luther, car, comme l’a rappelé le Saint-Père, c’est là qu’il a étudié la théologie, qu’il a été ordonné prêtre et qu’il est devenu moine augustin.

Ce voyage devait se dérouler sous le signe de l’unité. « Quand j'ai accepté l'invitation à faire ce voyage, il était évident pour moi que l'œcuménisme avec nos amis évangéliques devait être un point fort et central de ce voyage », avait dit Benoît XVI aux journalistes dans l’avion pour Berlin.

Aux protestants qui attendaient de la part du pape un geste « œcuménique » fort, comme l’accès à la communion à la messe catholique, Benoît XVI a répondu de manière à la fois ferme et nuancée. Lors de la célébration œcuménique dans l'église de l'ancien couvent des Augustins, après avoir souligné que « notre premier service œcuménique en ce temps doit être de témoigner ensemble de la présence du Dieu vivant et par là de donner au monde la réponse dont il a besoin », il déclarait : On a parlé plusieurs fois d’un don œcuménique de l’hôte (communion), que l’on attendait de cette visite. … ceci constitue une mauvaise compréhension politique de la foi et de l’œcuménisme. Après avoir fait allusion aux traités entre États, qui sont souvent le résultat de compromis, il précisait : La foi n’est pas quelque chose que nous concoctons ou déterminons. Elle est le fondement sur lequel nous vivons. L’unité grandit non grâce à l’évaluation d’avantages et de désavantages, mais seulement en pénétrant toujours plus profondément dans la foi grâce à la pensée et à la vie.

Auparavant, lors de la rencontre avec la communauté évangélique luthérienne, Benoît XVI avait tenu un discours très remarqué. Celui dont l’éminent théologien et éthicien Wolfgang Huber, ancien évêque de l’Église évangélique luthérienne de Berlin, avait dit qu’il était l'un des rares à connaître vraiment Luther, a posé de nouveau devant ses hôtes la question du Réformateur : « Comment puis-je avoir un Dieu miséricordieux? » Et il la développe : Cette question lui pénétrait le cœur et se trouvait derrière chacune de ses recherches théologiques et chaque lutte intérieure. Pour lui, la théologie n’était pas une question académique, mais la lutte intérieure avec lui-même, et ensuite c’était une lutte par rapport à Dieu et avec Dieu. Qu’en est-il pour nous, aujourd’hui? Benoît XVI nous rappelle que : si aujourd’hui, on croit encore en un au-delà et en un jugement de Dieu, alors presque tous nous présupposons en pratique que Dieu doit être généreux, et, qu’à la fin, dans sa miséricorde, il ignorera nos petites fautes. Mais nos fautes sont-elles vraiment si petites? et il en énumère quelques-unes : la corruption des grands et même celle des petits qui pensent seulement à leurs propres intérêts; les drogues et l’addiction à la jouissance; la disposition croissante à la violence… Non, le mal n’est pas une bagatelle. Et il ne pourrait être aussi puissant si nous mettions vraiment Dieu au centre de notre vie. La question : quelle est la position de Dieu à mon égard, comment je me situe moi devant Dieu? — cette question brûlante de Martin Luther doit devenir de nouveau, et certainement sous une forme nouvelle également notre question. Je pense que c’est là le premier appel que nous devrions entendre dans la rencontre avec Martin Luther.

Benoît XVI n’allait pas quitter l’Allemagne sans avoir rencontré nos frères orthodoxes. La veille de son départ, dans l'amphithéâtre du séminaire de la ville catholique de Fribourg-en-Brisgau, il livrait un message d’espoir : Parmi les Églises et les communautés chrétiennes, l’Orthodoxie est théologiquement la plus proche de nous; catholiques et orthodoxes ont tous deux la même structure de l’Église des origines. Nous pouvons ainsi espérer que ne soit pas si loin le jour où nous pourrons de nouveau célébrer l’Eucharistie ensemble.

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